Les métiers verts que les recruteurs s’arrachent – 05/2012

Les premiers peinent à trouver un job vert et les seconds connaissent des difficultés à pourvoir leurs postes. Pourquoi ? Les métiers verts ne sont pas forcément là où les candidats les attendent. Tour d’horizon des profils que les recruteurs s’arrachent.

« Vous en connaissez beaucoup des entreprises qui font appel à un cabinet de chasse de têtes pour trouver un technicien ? » Pierre Triau est dirigeant du cabinet de recrutement Avantage Consulting. Et il est payé pour trouver des candidats aux métiers verts. « Eh bien, c’est le cas dans le secteur des énergies. Des clients viennent nous voir pour qu’on leur déniche un technicien thermique. C’est dire que le secteur souffre d’une pénurie de professionnels. » Disette d’un côté, et de l’autre… Ce n’est pas mieux. Les demandeurs d’emploi vert galèrent. D’après une étude du Pôle emploi sur Les emplois de la croissance verte, « les demandeurs d’emploi vert éprouvent plus de difficultés que les autres à sortir du chômage et connaissent une plus grande instabilité dans l’emploi ». Sur la planète verte, chacun, employeur et candidat, tourne en rond. Pourtant, il est possible de faire carrière dans le vert, avec un bac pro comme avec un doctorat. Le tout est de briguer les bons postes, d’emprunter le bon chemin pour se rencontrer.

De l’ombre à la lumière Un spécialiste en mouvements marins : « Oui, cela doit être intéressant. Mais ils sont combien ? Peut-être dix en France. » Telle est la première pensée qui serait venue à l’esprit du quidam il y a encore peu de temps. Et une réaction : rester coi comme Jean-Pierre Bacri dans On connaît la chanson, quand Agnès Jaoui lui annonce qu’elle réalise une thèse sur les chevaliers de l’an 1000 autour du lac de Paladru. Ils sont comme cela certains métiers verts. Ils existaient bien avant le Grenelle de l’environnement, autres réglementations et prise de conscience écologique. Mais depuis, ces métiers confidentiels sont passés de l’ombre à la lumière. « Certains métiers se développent beaucoup, constate Didier Simon de Bessac, directeur France du cabinet de chasse de têtes, Grant Alexander. Les métiers du bois en sont un bon exemple. Les sortants d’écoles d’ingénieurs spécialisées en bois sont très prisés. Les spécialistes en chimie verte aussi pour synthétiser du carburant à partir de la biomasse. Et même, les experts en mouvements marins se voient ouvrir des débouchés plus importants avec l’essor de projets d’éoliennes offshore. » S’il y a besoin, il y a offre. Logique. Prenons l’énergie, autre exemple. Le budget de l’énergie d’une entreprise est loin d’être négligeable. Surtout que les prix ne sont pas prêts à baisser. « Aujourd’hui, les sociétés veulent pouvoir mesurer en temps réel leur consommation d’énergie et mettre en place des actions concrètes pour la réduire, analyse Christelle Roux, business manager pour la société de services en ingénierie informatique, Altran. C’est en cela que le métier d’énergie manager est devenu un métier en or. Son rôle a grandi. Il y a quelques années, quelques personnes étaient sollicitées par une entreprise pour faire un audit ponctuel. Aujourd’hui, c’est devenu beaucoup plus pointu. Les interfaces sont plus compliquées, les outils plus puissants et performants. Avec des capteurs on peut mesurer de façon plus précise et en direct la consommation d’énergie. Il y a plus d’informations et il y a un besoin important d’individus capables de mesurer, d’analyser les informations, et de trouver des solutions. Ce sont en général des ingénieurs électromécaniciens spécialisés en énergie. » Pour que la planète verte tourne, il faut des spécialistes.

Des métiers gris aux métiers verts « Le secteur de la construction rencontre davantage de difficultés que les autres à recruter, liées à un déficit d’image du métier », relève une étude du Pôle emploi sur Les emplois de la croissance verte, réalisée auprès des recruteurs. Et pourtant, pour travailler dans le vert, la meilleure option est d’aller dans le bâtiment. D’après le recensement de l’Ademe, ce secteur pèse pour la moitié des emplois verts. Ainsi, il faut construire des logements verts et rénover le parc résidentiel existant. La source n’est donc pas prête à se tarir. Et dans le secteur, un CAP ou un BTS peuvent suffire. « Le corps du métier reste le même, constate Philippe Robert, chef adjoint du service de l’animation territoriale au sein de l’Ademe. Mais l’approche change, elle est plus globale. Un électricien, pour la pose d’un panneau photovoltaïque, doit se faire aussi couvreur. Les métiers tendent vers plus de polyvalence. Mais la transition est lente. Les profils polyvalents sont peu nombreux et donc particulièrement recherchés. » Et pas de risque, ici, de délocalisation. Un avenir vert est assuré.

Le vert brasse des billets verts « La pyramide des salaires n’a pas vraiment été perturbée par la croissance verte », indique Pierre-Louis Tailleur, consultant senior chez Grant Alexander. Pour brasser des billets verts, le secteur de la finance reste le must. Et la finance verte, les fonds d’investissements verts, cela existe. Bien sûr, la crise et les atermoiements réglementaires de l’État ne leur ont pas fait du bien. Banques et fonds d’investissements ont, sur les neuf premiers mois de l’année 2011, considérablement réduit la voilure (- 30 % d’investissements). Mais les grands groupes, à l’inverse, « se sont montrés particulièrement offensifs dans les cleantech en 2011 : beaucoup se sont renforcés via des acquisitions à l’international, comme Total (solaire, biocarburants), Schneider Electric (efficacité énergétique, smart grid), Saint-Gobain (bâtiment vert), Alstom (énergies marines) », détaille l’étude Greenunivers. Plus qu’un recul, l’on peut parler d’ajustement. Les investisseurs, après la catastrophe du photovoltaïque, se recentrent sur des valeurs plus sûres : sur le bâtiment vert, la chimie verte, l’éolien offshore. Du coup, il y a fort à parier que les directeurs ou analystes financiers spécialisés en business vert vont s’arracher. Et que les projets d’entreprises « qui tiennent la route trouvent des investisseurs », ajoute le consultant en recrutement Pierre-Louis Letailleur. Pour preuve, un de ses clients, la Maison de l’Oregon, spécialiste dans la construction de maisons en ossature en bois, a créé son entreprise sans mettre la main à la poche, « à partir de rien, simplement via un fond d’investissements d’une entreprise ». D’après Greenunivers, le bâtiment vert et l’efficacité énergétique, les smart grid, les véhicules électriques et l’écomobilité sont les secteurs les plus prometteurs. Lucile Chevalier

Source : emploi-pro.fr mai 2012