L’ENVIRONNEMENT RECRUTE (PEUT ETRE) EN MASSE

D’ici à 2020, 600 000 emplois verts seront créés selon le gouvernement*, 635 000 selon le World Wild Fund (WWF), deux millions en Europe selon la Commission… La guerre des chiffres fait rage sur le front des « jobs environnementalistes ». Et tout cela indique que les recrutements seront au rendez-vous. De plus, ces différentes estimations ne sont pas forcément contradictoires car elles ne concernent pas les mêmes filières. Cependant, il est impossible de prévoir le futur avec exactitude. Ce ne sont, ici, que des tendances. Elles peuvent cependant être quelque peu optimistes : les créations d’emplois ne seront effectives, par exemple, que si les actions préconisées par le Grenelle de l’environnement sont mises en application.

Tous les secteurs concernés

Reste que tous les métiers et toutes les branches d’activité de l’économie devraient être concernés. Quelques exemples viennent éclairer le phénomène. À la fin janvier 2010, Pôle emploi (ex-ANPE) a identifié 14 000 emplois verts à pourvoir immédiatement. Les métiers du bâtiment et de la rénovation thermique sont les plus représentés (11 000 offres), loin devant les « métiers spécifiquement dédiés à l’environnement » (2 300 offres).

À la fin janvier toujours, la Conférence nationale sur les métiers de la croissance verte du ministère de l’Écologie a été l’occasion, pour 11 secteurs créateurs d’emplois verts, de remettre leur rapport. Résultat : il s’agit davantage de reconversion de postes que de création pure. Plus gros consommateur d’énergie, le secteur du bâtiment est le plus porteur de croissance verte. « Le métier de base reste le même, mais le chef de projet va manager de manière différente, en intégrant les nouvelles normes, explique Robin Sappe, directeur du développement des ressources humaines de Cari, entreprise qui a recruté entre 250 et 300 personnes en 2009. L es spécialisations restent relativement rares. Nous recrutons des diplômés d’écoles d’ingénieurs généralistes, quoique nous nous tournons vers des personnes plus spécialisées dans les filières développement durable pour la recherche et développement. » Pour le secteur des transports, le nombre total d’emplois (création et maintien des postes confondus) d’ici à 2020 avoisinera les 100 000. Pour l’assainissement et les déchets, il faudra tabler sur 40 000 postes nouveaux ; les carburants et la chimie verte, 400 000 ; la construction électrique, 225 000, la biodiversité et les métiers de l’écologie, 40 000 et les énergies renouvelables, 200 000.

Une centaine d’embauches… « Nous verrons les effets post-Grenelle dans les cinq prochaines années, précise Pierre Lamblin, directeur des études de l’Apec. C’est un peu à l’image de ce que nous avons pu voir pour les pôles de compétitivité : il a fallu cinq ans pour récolter les fruits en matière de recrutement. » De fait, en 2009, 1 400 cadres ont été embauchés dans le secteur énergie, eau, gestion des déchets, selon l’Apec. Les jeunes diplômés n’ont représenté qu’une centaine d’embauches… Il n’empêche, une partie des métiers liés à la croissance verte connaît déjà des tensions de recrutement par manque d’attractivité, comme pour l’assainissement et le traitement des déchets, ou encore le bâtiment. « Nous sommes sur un marché « pénurique », précise Pierre Triau, directeur d’Avantage Consulting. Le déficit est tel que ce cabinet de recrutement spécialisé dans les métiers du génie énergétique et des énergies renouvelables a plus de difficulté à trouver de bons candidats que des clients. Il lui arrive même de recruter dès le niveau bac. Les grandes entreprises La majorité des emplois dans les métiers de l’environnement est concentrée dans les grandes entreprises des secteurs énergie, eau et gestion des déchets. Le secteur privé dit « éco-industriel » concerne surtout les activités de services (recherche, études, ingénierie) et la fabrication d’infrastructures (usines d’incinération, stations d’épuration…). « Le développement durable dans toutes ses composantes (environnementale, sociétale et économique) est une préoccupation essentielle pour tous les métiers du groupe EDF (production d’électricité, commercialisation, recherche et développement, distribution et transport), souligne Marianne Laigneau, directeur délégué RH groupe EDF . En 2010, nous prévoyons de recruter environ 3 500 personnes en France. Ces recrutements concernent aux deux tiers des jeunes diplômés. Dans le domaine de la production, tous nos salariés veillent à limiter l’impact de leur activité sur l’environnement et nous recherchons également des compétences spécifiques (ingénieurs et techniciens environnement, spécialistes en radioprotection ou encore en chimie). À la recherche et développement, nous recruterons en 2010 une centaine d’ingénieurs chercheurs pour travailler, par exemple, sur la maîtrise de la consommation de CO 2 dans l’habitat et les installations industrielles, l’insertion des énergies renouvelables sur le réseau ou encore le développement de nouveaux services commerciaux. Nous avons également des ingénieurs de recherche en efficacité énergétique, en hydrobiologie. Enfin, des commerciaux travaillent dans le conseil, les économies d’énergie chez les particuliers comme chez les industriels. » Le groupe Veolia Environnement embauchera de 7 000 à 9 000 personnes en CDI en France, en 2010 : 90 % le seront sur des fonctions d’exploitation et production, 10 % sur des fonctions supports ; 1/3 seront des jeunes diplômés, 1/3 des jeunes expérimentés et 1/3 des confirmés. Suez Environnement (1 500 recrutements en CDI en France, en 2009, dont 300 cadres, et 1 650 embauches escomptées en 2010) recrute à parts égales pour ses filières déchets et eau. Les métiers qui recrutent traditionnellement sont le développement commercial, le management de centres de projets, la filière financière, l’exploitation des sites industriels et la filière ingénierie et projets. « Nous recherchons surtout des personnes ayant des compétences techniques en accord avec notre vocation environnementale, souligne Laurent Tedeschi, directeur de la gestion des carrières du groupe. Ils viennent de secteurs tels que le BTP, le pétrole, les services, ils connaissent bien nos clients et sont attirés par nos thématiques. Pour les bac + 2, nous apprécions des diplômes en maintenance, en électromécanique et/ou eau, par exemple le BTS gestion et maîtrise de l’eau, avec une mention particulière pour les doubles compétences. » La Compagnie nationale du Rhône (60 recrutements en 2010 dont 15 à 20 % de cadres) embauche principalement pour ses métiers d’exploitation et de maintenance, avec des profils en mécanique, électrotechnique, voire génie civil.

Les PME des énergies renouvelables Que ce soit dans le solaire thermique, le solaire photovoltaïque, le bois-énergie, l’éolien, la géothermie, les biocarburants ou le biogaz, toutes les filières des énergies renouvelables constituent un vivier d’emplois diversifiés. Voltalia, producteur d’électricité à base d’énergies renouvelables, escompte 16 à 20 recrutements. Cette entreprise recherche principalement des ingénieurs métiers (hydro, éolien, électromécanique, biomasse) issus d’écoles d’ingénieurs telles que Supelec ou l’Insa. Les perspectives sont très prometteuses dans l’éolien. Un doublement des emplois y est prévu dès 2012 avec 16 000 emplois directs. EDF Energies nouvelles, dont l’éolien constitue aujourd’hui la principale source d’investissement, affiche 30 % de croissance de ses effectifs par an depuis trois ans. Elle recrute une dizaine de personnes en 2010. Le constructeur d’éoliennes Vergnet en recrute 80 pour ses fonctions commerciales, développement produits, installations, maintenance, qualité et achats. Séché Environnement (traitement des déchets) envisage d’accueillir de 30 à 40 personnes en CDI et Giordano Industries (solaire) une quinzaine de commerciaux terrain en région et techniciens chantiers-installation-SAV.

Les sociétés de conseil Les sociétés de services et de conseil en environnement, qui proposent leur savoir-faire aux entreprises et aux services de l’État dans le secteur de l’assainissement et des déchets, constituent de bonnes portes auxquelles les candidats se doivent de frapper. Elles font principalement appel à des cadres, ingénieurs et universitaires. « On y trouve les cabinets d’audit comme PricewaterhouseCoopers ou sa filiale spécialisée Ecobilan, mais aussi des prestataires plus pointus, comme l’agence d’éco-design O2 France, les cabinets de conseil en environnement, comme Burgeap, ou encore des bureaux d’études comme Tecsol, spécialisé dans l’énergie solaire », déclare Elisabeth Laville, fondatrice d’Utopies, agence de conseil en développement durable. Elle est coauteur, avec Marie Balmain, de Un métier pour ma planète… et surtout pour moi !, aux éditions Village mondial.

Le service public Les services de l’État proposent aussi des missions liées aux éco-industries (eau et déchets notamment). Des opportunités existent auprès de la Dreal (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement), mais aussi auprès des établissements publics (parcs nationaux…). Les lois Grenelle estiment qu’il y a près de 500 postes qui seront créés en 2010. Par exemple : les Dreal recrutent 22 personnes (une par région) pour le suivi de l’élaboration des continuités écologiques, 22 postes pour le pilotage et le suivi d’actions pour les espèces menacées d’extinction, 10 emplois pour coordonner la lutte contre les espèces exotiques envahissantes, etc. La création de trois parcs nationaux va permettre de recruter 50 personnes, dont un tiers à bac + 5. La création du premier espace marin protégé incite à recruter 100 personnes, ayant des spécialités pointues. Un tiers concernera des bac + 5 – bac + 7.

Pascale Kroll http://www.envirocompetences.org/nouvelle-detail.php ?id=145